Interview du mois avec Marco Retti : le président d’Echiquier Bruntrutain est venu au sport échecs par son fils

par Bernard Bovigny (commentaires : 0)

Marco Retti, président engagé et père de joueur

beb - Les festivités pour le 70e anniversaire du Club d’Echiquier Bruntrutain, à Porrentruy, n’ont pas débuté sous les meilleurs auspices. L’open prévu à cette occasion a été annulé par manque d’inscriptions. Mais ce faux-pas ne va en aucun cas décourager son infatigable président Marco Retti, à la tête d’un club dynamique et dont le mouvement juniors fait des envieux loin à la ronde.

Marco Retti est le prototype de l’adulte venu aux échecs par son enfant brillant et doué, qu’il a longtemps accompagné durant sa carrière. Alors pourquoi ne pas se lancer dans l’organisation du mouvement juniors? Et même profiter des cours suivis par son fils pour progresser soi-même un peu?

Quel rôle jouent les échecs dans votre vie?

Les échecs sont avant tout un loisir pour moi. J’adore jouer des parties rapides en ligne sur internet, mais je déteste jouer le blitz contre une personne. Je pense que cela vient du fait que l’on ne connaît pas l’adversaire. D’ailleurs, je déteste perdre et quelques fois je suis désagréable avec mon adversaire virtuel. Par contre, lorsque je joue une partie contre un adversaire en face de moi, je suis très fair-play. Comme la plupart des joueurs d’échecs.

Comment êtes-vous arrivé aux échecs ?

J’ai connu le jeu d’échecs à l’école lorsque j’avais environ 12 ans. Le professeur nous avait expliqué les règles et ensuite, nous devions jouer des parties. Et là, catastrophe, je perdais presque tous mes matchs ! Comment cela pouvait-il être possible ? Par la suite, je me suis acheté deux livres de poche sur les échecs. Le premier sur les théories de base, et l’autre sur des exercices à résoudre. Je me rappelle avoir mémorisé toutes les ouvertures du livre mais je n’en connaissais pas les idées. Ce qui fait que lorsque je sortais de l’ouverture, j’étais de nouveau confronté à mes connaissances échiquéennes assez faibles. Le temps a passé et le jeu d’échecs m’est complètement sorti de la tête.

Alors comment êtes-vous revenu aux échecs et surtout au sport échecs ?

Un jour, mon fils aîné Ivan découvre un jeu d’échecs que j’avais acheté à Saint-Marin il y a fort longtemps, lorsqu’il avait 4 ans. Françoise, sa maman, lui a montré comment déplacer les pièces et ensuite, je me suis mis à jouer contre lui. Au vu de ses capacités énormes, nous avons décidé de l’inscrire dans un club d’échecs. C’était en 2002. C’est à ce moment que j’ai intégré le club d’Echiquier bruntrutain de Porrentruy.

Comme Ivan était doué, et que je me déplaçais avec lui dans toute la Suisse, la tâche de responsable des jeunes m’a été confiée. Elle consistait uniquement à organiser des déplacements ou des événements en relation avec la compétition des jeunes.

Vous avez donc suivi votre fils en tant que responsable des juniors. Mais vous-même, avez-vous aussi connu votre propre trajectoire de joueur?

Oui, en plus des cours collectifs, Ivan suivait aussi des cours particuliers pour lesquels son professeur, Franck Hassler, venait chez nous. Je profitais de l’occasion pour me perfectionner en même temps que lui! En intégrant le club de Porrentruy, j’ai commencé à participer aux différentes compétitions de la Fédérations suisse d’échecs. Comme j’avais des difficultés à gagner des parties, et forcément des points Elo, je me suis mis à acheter des livres d’échecs. Je ne me rappelle pas, mais je dois en avoir une bonne cinquantaine.

Présentez-nous votre club d’échecs, qui fête cette année ses 70 ans.

En réalité, il existait probablement déjà un club au XIXème siècle. En effet, dans le journal du Var du 5 mai 1870, on peut lire: «Il vient de se fonder à Porrentruy (Suisse) un club de joueurs d’échecs». Mais on n’a rien trouvé à ce sujet dans la presse locale de l’époque. C’est donc la date de 1948 qui a été retenue. Avant cette date, des passionnés du noble jeu se réunissaient déjà au restaurant de la Croix-Bleue, situé à la Grand-Rue. Mais c’est un groupe d’étudiants du Lycée Cantonal qui a fondé le club à la Brasserie des Deux-Clefs. Hormis un(e) éventuel(le) président(e) élu(e) à l’époque, pendant ses cinquante premières années, il n’y eut que deux présidents à sa tête: Elsa Luscher, qui a été vice-championne suisse, et Edmond Bouduban. Un bel exemple de longévité !

Porrentruy est un lieu culturellement très diversifié et ouvert vers les pays voisins. Cela se reflète-t-il dans votre club ?

Oui, bien sûr. Et dès les premières années de son existence, l’Echiquier Bruntrutain a noué des liens amicaux avec les différentes sections jurassiennes d’échecs, ainsi qu’avec la France voisine, tel les clubs franc-comtois de Beaulieu, le Roi-Blanc Peugeot de Sochaux et le club alsacien de Sentheim.

Nous sommes actuellement en étroite collaboration avec le club français de Philidor-Mulhouse grâce au GM Jean-Noël Riff qui nous trouve sans cesse de jeunes joueurs français en pleine progression. D’ailleurs, notre 3ème place en Championnat suisse de groupes cette année a été possible grâce aux résultats de Antoine Flick (4 sur 4), Dylan Viennot (2/2) avec une victoire sur le GM Delchev, Josefine Heinemann (3/3), Bilel Bellahcene (3,5/5) qui a obtenu une norme de GM récemment et Quentin Burri (3,5/5). Et ce sont tous des juniors !

Quels ont été les moments forts traversés par votre club ?

Un moment fort fut la commémoration de son 25ème anniversaire en 1973. Sous la direction des responsables de l’époque, Edmond Bouduban et Francis Sutterlet, l’Echiquier bruntrutain a mis sur pied un tournoi international qui avait rassemblé plus de 300 joueurs, venus de Suisse, de France et même d’Allemagne.

Au niveau des jeunes également, les années 2000 sont à marquer d’une pierre blanche. En 2008, mon fils Ivan devient champion suisse U12 et participe aux championnats d’Europe à Herceg-Novi. En 2011, les juniors d’Echiquier bruntrutain sont finalistes du championnat suisse par équipe.

L’ascension en 1ère ligue fédérale de CSG en 2016 est également un événement marquant.

Commet expliquez-vous ces années florissantes depuis une bonne décennie ?

En 2000, la présidence du club a été reprise par Alexandre Desboeufs. Sous sa houlette, le club a pris un nouveau visage. Il s’est engagé dans l’organisation du premier Open international du Jura en 2003, de cours d’échecs pour écoliers dispensés par un professionnel, Franck Hassler, et enfin de cours pour l’entraînement de la première équipe avec le Grand Maître Andrei Sokolov.

Quelle pièce d’échecs reflète le plus votre caractère et pourquoi?

La pièce d’échecs qui me ressemble le plus est le pion. Bien que je sois enseignant dans une école technique et président d’un club d’échecs, je n’aime pas attirer l’attention sur moi. Être au centre d’une cérémonie m’indispose grandement. D’ailleurs, mon mariage s’est déroulé à Las Vegas, et aucune cérémonie en Suisse n’a eu lieu. Le pion est essentiel mais, il a besoin d’appuis. Il marche droit et de temps à autre dévie de sa trajectoire mais revient toujours dans le droit chemin.

Si vous pouviez rencontrer une personnalité célèbre (vivante ou décédée), laquelle choisiriez-vous et pourquoi ?

Je ne me suis jamais posé la question si j’aimerai rencontrer une personnalité! Je dirai Cat Stevens, le chanteur américain, mais avant qu’il ne change de religion. J’ai toujours aimé ses chansons et lorsque j’ai un coup de blues, rien de mieux que d’écouter une de ses premières chansons.

 

Portrait en bref

Naissance: le 17 février 1959 à Foligno en Italie.

Arrivé en Suisse: à l’âge de 5 ans.

Domicile: Bressaucourt / JU

Profession: enseignant dans une école technique

Fonctions au Club de Porrentruy: responsable juniors dès 2002, puis président depuis 2009.

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