Interview du mois avec Regula Nobs – «Peut-être les échecs sont-ils simplement pas assez sexy!?»

par Bernard Bovigny (commentaires : 0)

Regula Nobs: une institutrice qui enseigne les échecs.

beb - Regula Nobs est institutrice dans une classe de première et deuxième primaire (3-4H), où le jeu d’échecs est régulièrement intégré au programme. La joueuse amatrice considère les échecs comme une sorte d’école de vie. Elle parle de son expérience, où les élèves se trouvent face au jeu avec ses fabuleux personnages en bois.

Quel rapport personnel avez-vous avec les échecs?

Enfant, j’ai appris des choses plus superficielles, du genre football de table. Je me suis ensuite tourné vers l’apprentissage des échecs plutôt en-dehors de l’échiquier. Par exemple quand on se trouve dans une situation de confrontation difficile – pour ainsi dire un adversaire m’a pris une de mes pièces – et que l’on ne s’empresse pas de le contrer, pour analyser la situation dans son ensemble. Sous les deux angles : dans la vie comme aux échecs.

Vous organisez dans votre école des semaines de jeu, où les échecs sont aussi enseignés.

Le jeu fait du bien aux enfants. Apprendre à perdre, apprendre à gagner… Dans l’ensemble, les jeux sont un excellent entraînement social. Je suis moi-même étonnée du succès des échecs en première et deuxième classes. Je m’exerce souvent aux échecs avec des classes de ces niveaux. A quelques exceptions près, les enfants l’apprécient. Les échecs sont pour ainsi dire de genre neutre, les filles comme les garçons sont passionnés de la même façon. Et comme enseignant, lorsque l’on installe un échiquier pendant la pause, je suis sûr qu’il ne restera pas longtemps vide.

Le niveau et l’intérêt sont très différents selon les classes. Comment trouver un équilibre entre tous?

Je rencontre cette problématique tous les jours en tant qu’enseignante. Les enfants s’apprennent mutuellement, s’encouragent et se refilent des trucs. Pour ce qui concerne les échecs: deux  bons joueurs de même niveau jouent ensemble et les autres préfèrent d’abord regarder un peu et apprendre, jusqu’à ce qu’ils se lancent devant un échiquier. On s’aide mutuellement, parfois consciemment, mais souvent inconsciemment.

Les échecs peuvent autant se jouer de façon analogique que digitale avec des tablettes. De votre point de vue, cela peut-il offrir davantage de possibilités pour attirer la relève vers le jeu d’échecs?

Je suis une personne plutôt haptique. Et je pense que la meilleure méthode d’apprentissage est de voir les pièces en réalité, de pouvoir les toucher et les pendre. Bien sûr, il y a d’excellents logiciels pour les enfants, comme Fritz&fertig. Ce qui est bien, c’est que les échecs ne changent pas, qu’ils soient analogues ou digitaux. Tout ce qui se vit sur les places avec les échiquiers géants à Berne me réjouit toujours. Tout ce qui se passe sur et à côté de ces échiquiers très complexes est tout simplement fantastique et n’émerveille pas seulement les spectateurs adultes.

Selon votre expérience, commet les parents perçoivent-ils la thème «les échecs à l’école»?

Depuis la bande, tous les parents sont passionnés et fascinés de voir que des enfants de sept ou huit ans capables d’apprendre et de comprendre un jeu si complexe. Mais j’ai aussi entendu dire que les échecs n’étaient pas bons pour les enfants, que c’était un jeu de guerre. Mais je considère cela comme l’exception nécessaire pour confirmer la règle.

En Suisse, on assiste actuellement à un boum des écoles d’échecs et le niveau des jeunes joueurs suisses n’a jamais été aussi élevé. Comment pouvez- vous expliquer cela?

Spontanément: les enfants et les écoles ont beaucoup changé depuis autrefois. L’enseignement est devenu plus coloré et plus diversifié. L’enseignement frontal a beaucoup moins d’effet. Autrefois il était bien plus classique et les enfants s’adaptaient plus ou moins au système. L’esprit du temps est devenu tout différent. Et les échecs, en tant qu’élément ludique qui comprend des éléments complexes, sont parfaitement adaptés. On ne peut les comparer avec le moulin ou «hâte-toi lentement». On peut emballer les échecs avec des histoires et insuffler la vie aux pièces. Ce sont des qualités idéales pour les classes de première ou de deuxième.

Comment les clubs et les entraîneurs peuvent-ils intervenir au mieux dans les écoles et à quel moment?

Concernant le moment, le début de l’école et la période de Noël ne sont pas l’idéal. Les mois d’hiver conviennent mieux. Mais il n’y a pas de «période patentée», il vaut mieux demander directement aux écoles. Mais de façon concrète, s’il vous plaît. Des messages publicitaires impersonnels n’apportent pas grand chose. Ils doivent toujours être accompagnés d’une proposition et d’expériences concrètes.

Votre point de vue: est-il réaliste qu’en Suisse les échecs puissent devenir une branche à option ou même obligatoire?

Les échecs comme branche à option, c’est très réaliste, et ce serait vraiment cool. Mais comme branche obligatoire, dans un avenir proche certainement pas. Le plan d’études introduit récemment ne sera plus changé dans l’immédiat. Personnellement je perçois une grande valeur derrière ça, que ce soit une branche à option ou même une branche normale. Nus devrions trouver une école qui serait prête à tester un programme pilote dans ce domaine.

Pourquoi, à votre avis, y a-t-il proportionnellement si peu de femmes jouant aux échecs?

Peut-être les échecs ne sont-ils pas assez sexy?! Les femmes sont réputées plus communicatives et les échecs sont un jeu très silencieux. Mais il n’y a pas de différence de niveau entre femmes et hommes. Je dirais plutôt que la pratique des échecs nécessite des capacités au niveau du caractère ; certains réfléchissent, d’autres agissent. Chaque homme et chaque femme ne les a pas toutes.

Il est souvent affirmé que les échecs développent la capacité de réflexion. Une étude réalisée à Trèves fait référence dans ce domaine. En tant qu’institutrice qui aborde les échecs dans son enseignement, pouvez-vous l’attester?

Oui. Cette étude ne m’étonne pas du tout. Les enfants apprennent beaucoup. Pouvoir se concentrer est nécessaire dabs chaque branche. Et cette capacité s’entraîne en particulier avec les échecs. Regarder tout l’échiquier et non seulement le dernier coup et être conscient des conséquences de chaque coup, c’est une école de vie de grande valeur.

Quelle question d’interview, y compris la réponse, aimeriez-vous poser à vous-même ?

Peut-on aussi créer des jeux d’échecs lors des activités créatrices manuelles? Je pense que fabriquer ses propres pièces et en assurer le design selon ses goûts représente un grand potentiel.

Un livre qui vous tient à cœur (pas forcément un livre d’échecs).

Le livre illustré avec fantaisie «Jouer aux échecs c'est facile!» de Sabrina Chevannes m’a toujours émerveillé. Il est parsemé d’histoires passionnantes et très variées et de méthodes d’enseignement sur le roi des jeux.

 

Eléments biographiques

Année de naissance: 1967

Domicile: Berne

Profession: Institutrice

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