Interview du mois avec Fortunat Schmid: «Les festivités constituent toujours une bonne occasion de dépasser les limites et de se donner à fond. Et nous avons saisi cette chance»

par Bernard Bovigny (commentaires : 0)

Fortunat Schmid: «Etre président lors d’une année jubilaire est quelque chose de grandiose».

beb - Alors qu’il n’avait jamais rejoint un club d’échecs en tant qu’enfant, Fortunat Schmid rattrape ce temps perdu à travers son engagement.

Interviewé par la FSE, le président du Club d’échecs de Coire évoque tout ce que l’on peut entreprendre durant une année de jubilé avec une équipe sans complexe et un peu démente.

Comment êtes-vous arrivé au sport échecs et quel rôle jouent les échecs dans votre vie?

Je trouvais génial de bouffer des pièces, quand je regardais mon père s’adonner aux échecs avec mon grand-père. Puis j’ai joué majoritairement, même presque exclusivement, contre mon père. Plus tard, à l’école, j’ai joué contre des camarades, et contre un petit ordinateur de poche Nova. J’étais complètement mordu par les parties contre lui. Mais je n’avais jamais rejoint un club. L’occasion ne s’est pas présentée. D’une certaine manière je craignais inconsciemment de ne pas jouer assez bien pour ça. Je regrette encore maintenant de ne pas avoir intégré un club d’échecs étant enfant, et de ne pas avoir eu la chance d’évoluer avec les échecs durant ma phase de développement du cerveau. Aujourd’hui, cela m’a renforcé dans ma conviction qu’un club d’échecs doit être présent et visible, et doit abolir activement les obstacles afin de rejoindre les jeunes.

Comment expliqueriez-vous cette fascination pour le jeu d’échecs à un non connaisseur?

Il y a différentes choses qui me fascinent aux échecs. Avant toute chose, c’est la profondeur qui me plaît. On peut toujours apprendre et vivre quelque chose de nouveau, même si on croit souvent que tout se joue dans ce petit cadre carré et qu’il doit bien y avoir une limite. Ces nombreuses petites inspirations qui apparaissent sans cesse me captivent.

Ensuite, le contact humain me fascine. Les échecs, c’est un bras de fer avec le cerveau, carément un « cerveau de fer ». Le point de contact n’est pas le bras, mais le cerveau. Même si les deux joueurs ne maîtrisent aucune langue commune, on fait connaissance avec l’adversaire dans un autre domaine, qui me semble haut en couleurs, passionnant, profond et intense.

Cette année, le Club d’échecs de Coire fête ses 100 ans. Que représente pour vous ce jubilé en tant que président et membre du Club d’échecs de Coire?

Je ne suis pas membre du Club d’échecs depuis longtemps. Environ cinq ans. En tant que jeune membre, être président lors d’une année jubilaire est quelque chose de grandiose. Personnellement, représenter le club à l’extérieur me comble de fierté. Comme président, je considère le jubilé comme une chance exceptionnelle. Les festivités constituent toujours une bonne occasion de dépasser les limites et de se donner à fond. Et cette chance, nous l’avons saisie. Beaucoup de bras et d’épaules portent le club d’échecs à travers une année jubilaire riche en événements et qui va faire du bruit. Parmi les événements importants figure notre stand à la Foire grisonne à Coire (HIGA / Bündner Messe), que nous avons occupé durant neuf jours et qui a fait un tabac. Le GM Nico Georgiadis et la WFM Lena Georgescu ont donné une simultanée deux jours différents sur la place centrale. Au même endroit, un autre jour, nous avons initié 100 écoliers de Coire au jeu d’échecs. Le 27 août, soit le même jour que la fondation, nous allons fêter le jubilé avec un apéro à la bibliothèque communale et équiper la bibliothèque de matériel didactique d’échecs. En automne, nous aurons la visite d’Anatoli Karpov, qui donnera une simultanée. De plus, nous allons immortaliser nos cent premières années dans une publication.

Le programme du jubilé parle de lui-même. Vous avez dû commencer très tôt avec la planification.

Une planification précoce est extrêmement importante. Mais de mon point de vue, la clé de la réussite, c’est d’avoir une grande équipe très motivée et aussi un peu démente. Lorsque l’on peut compter sur beaucoup de personnes, qui participent de façon dynamique, alors on peut réaliser les travaux d’Hercule en les répartissant sur de nombreuses épaules. Si l’équipe ne se bloque pas lorsqu’on discute de choses démentes et on les prend en considération, et si elle est capable d’envisager des variantes démentes, il peut ensuite arriver que l’on parvienne tout à coup à des résultats déments.

Depuis peu, vous êtes membre du Tribunal arbitral de la Fédération suisse des échecs et vous exercez le métier d’avocat. Y a-t-il des règlements ou des règles aux échecs qui vous font sourire?

Je dois sourire lorsque l’on oublie à quoi servent les règles. Elles règlent les situations de discorde entre les personnes. De mon point de vue, il ne revient pas au spectateur ou à l’arbitre de corriger les atteintes au règlement qui ne sont pas réclamées par les concernés. Par exemple lorsque des parents se plaignent, lors de tournois juniors, qu’un joueur soit en échec depuis plusieurs coups. C’est toujours l’adversaire qui doit le remarquer et réclamer. Ainsi on peut même gagner une partie si l’on a roqué de façon illégale – voir à ce sujet le Championnat européen des dames – pour autant que l‘adversaire ne l’a pas remarqué. Donc lorsque Nepomniachtchi s’énerve de voir quatre arbitres qui regardent son adversaire roquer à l’aide des deux mains sans le sanctionner, alors je dois sourire. Car il aurait très bien pu arrêter l’horloge et annoncer cette atteinte au règlement à l’un des quatre arbitres.

Votre souvenir ou anecdote préférés aux échecs.

Il n’y a nulle part de si belles anecdotes qu’aux échecs. Donc ma favorite change régulièrement. Celle de Burletzki figure cependant au sommet de ma liste.

En 1908 se déroula au Sud de l’Allemagne un duel en six parties entre les maîtres locaux Burletzki et Köhnlein. Mais Burletzki avait vraiment surestimé sa force et s’était lancé dans cette série de parties avec beaucoup trop d’assurance.

La 1e partie a été remportée par Köhnlein. Burletzki: "J’ai fait une faute stupide."

La 2e partie a été remportée par Köhnlein. Burletzki: "On ne peut pas toujours gagner."

La 3e partie a été remportée par Köhnlein. Burletzki: "Je ne suis pas en forme aujourd’hui."

La 4e partie a été remportée par Köhnlein. Burletzki: "Il ne joue pas mal."

La 5e partie a été remportée par Köhnlein. Burletzki: "Je l’ai sous-estimé."

La 6e partie a été remportée par Köhnlein. Burletzki: "Je crois qu’il est aussi fort que moi."

Pourquoi y a-t-il si peu de femmes qui jouent aux échecs?

Les échecs sont du domaine des hommes, car peu de femmes jouent aux échecs. Peu de femmes jouent aux échecs, car les échecs sont du domaine des hommes. C’est un cercle vicieux typique. Nous devons le briser. Il faut supprimer l’étiquette « domaine des hommes » et rendre les échecs plus attirants pour les femmes. Dès que la proportion des femmes sera nettement plus grande dans les clubs, la scène des échecs sera alors plus attirante pour les femmes et il sera bien plus facile de les faire rejoindre la scène. Le mythe selon lequel les femmes seraient par leur nature moins faites pour les échecs se volatilisera sans aucun doute.

Quels pays ou régions que vous avez visités vous ont laissé une forte impression, et pourquoi?

J’ai constaté que, où que l’on soit, où que l’on aille, ça ne joue aucun rôle. Lorsqu’on ouvre les yeux, chaque endroit nous laisse des impressions persistantes.

Quelle question d’interview – réponse comprise - aimeriez-vous poser à vous-même?

Comment promouvoir les échecs populaires et auprès des jeunes ?

Nous avons besoin d’une offre attrayante et accueillante, qui permette de supprimer les obstacles ressentis par les débutants. Cette offre, nous la portons avec insistance et ténacité vers le large public. Et lorsque sur 40 idées, 39 sont mortes-nées, nous apprenons ce qui a permis à cette seule idée de rester en vie et pourquoi les 39 autres ont été un flop.

Un livre qui vous tient à cœur (pas forcément un livre d’échecs).

Mon livre préféré et la liseuse Tolino. J’aime cet appareil, car j’ai des difficultés incroyables à me fixe sur un livre. En ce moment, je lis le premier volume de la série Game Of Thrones de George R. R. Martin, „Esprit Zen, Esprit neuf“ de Shunryu Suzuki, „Mon système“ d’Aaron Nimzowitsch et, avec les enfants, „Emile et les détectives“ d’Erich Kästner. Si l’on attend de ma part une forme de sagesse compacte en citant un livre, alors on récolte seulement une expression décompressée.

Portrait

Date de naissance: 6 octobre 1979

Domicile: Coire

Professions: Médiateur et avocat

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